Plantes médicinales en Āyurveda

introduction

Bienvenue dans ma série d'articles consacrée aux plantes médicinales !

L’idée est de pouvoir vous partager l’approche ayurvédique vis-à-vis des substances médicinales.

Je vous proposerai de manière mensuelle, un dossier complet sur une plante, de préférence locale et dans la saison qui lui correspond.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tenais à poser quelques principes pour le premier article de cette série.

Plantes ayurvédiques :

À la grande surprise de certains peut être, je ne vais pas vous parler du curcuma, du gingembre ou de l’Ashwagandha.

Penser qu’une plante est ayurvédique uniquement parce qu'elle provient du pays où ce savoir s'est développé est un contresens.

Une plante n'est pas ayurvédique parce qu'elle pousse en Inde.

Elle le devient à partir du moment où elle est observée et comprise à travers la grille de lecture de l'Āyurveda, appelée Dravya Guṇa : sa saveur (rasa), ses qualités (guṇa), son énergie (vīrya), son effet post-digestif (vipāka), ou encore son action spécifique (prabhāva).

Mais aussi quand on approche cette plante depuis une logique de terrain plutôt que de symptômes.

Pourtant, aujourd'hui, y compris en Inde, les plantes sont souvent abordées à travers des listes de propriétés apprises par cœur, sans toujours chercher à comprendre la logique qui les sous-tend.

« L'achillée cicatrise, l'ashwagandha détend, le gingembre stimule le feu digestif. »

Ces affirmations peuvent être justes, mais elles ne constituent pas, à elles seules, une approche véritablement ayurvédique.

Un médecin ayurvédique peut utiliser une même plante pour des indications complètement différentes et observera d’ailleurs que l’Ashwagandha tonifie certains et apaisent d’autres, qu’il est magique pour l’un et insignifiant pour l’autre.

Mon propos n'est pas de remettre en question les textes classiques ni le savoir des anciens. Bien au contraire.

Je souhaite leur rendre hommage en rappelant que ce qui est énoncé dans les textes est la synthèse d'une méthode d'observation beaucoup plus vaste, et non une simple liste de propriétés à mémoriser.

Dans cette série, nous parlerons donc avant tout de terrain et nous tenterons de découvrir nos plantes locales avec cette même manière de les observer.

L'approche moderne des plantes

La science moderne a permis d'apporter des explications précieuses sur l'utilisation des plantes. Elle a identifié de nombreuses molécules, compris certaines de leurs actions et permis de mieux les classifier.

Pour autant, une plante ne se résume pas à un assemblage de molécules.

À ce jour, la science ne sait toujours pas déterminer avec précision :

  • lesquelles sont réellement actives chez l'humain ;

  • lesquelles sont effectivement absorbées ;

  • lesquelles sont transformées par le microbiote ;

  • lesquelles agissent en synergie ;

  • lesquelles limitent les effets secondaires des autres

Autrement dit, nous connaissons relativement bien la composition chimique des plantes, mais beaucoup moins le fonctionnement pharmacologique de l'ensemble du mélange.

Aux médecins ou scientifiques sceptiques vis-à-vis de l'Āyurveda — comme d'autres traditions médicales —, je répondrais qu'il est difficile de comprendre un système en l'interprétant exclusivement avec les outils d'un autre.

Il est donc peu cohérent d'aborder une plante médicinale exactement comme un médicament de synthèse.

L'aspirine, par exemple, a été développée à partir de l'une des molécules présentes dans l'écorce du saule blanc.

Je ne remets nullement en question son intérêt dans certaines situations. En revanche, isoler une molécule pour répondre à un symptôme, sans tenir compte du terrain, ne correspond pas à la logique de l'Āyurveda.

(Article sur l'histoire passionnante de l'aspirine : ici.)

Utiliser une plante selon l'Āyurveda ne consiste donc pas à raisonner uniquement en termes de molécules, de principes actifs et de symptômes.

Approche d’une plante :

Quand on parle d’une plante, si l’on veut appréhender toute sa dynamique, il est important d’étudier toutes ses caractéristiques, du sol sur lequel elle pousse à la danse qu’elle réalise sur le rythme des saisons. 

« Une plante apporte toujours une solution à un terrain »

Vaidya Narendra Das

Mon maître m’a toujours appris à rechercher la problématique de terrain exprimée par un symptôme, une problématique ou un état émotionnel.

L’approche d’une plante doit donc aussi s’ancrer dans l’étude du terrain pour un usage qui dépasse la simple symptomatique.

J’en profite au passage pour mentionner que cet article est une manière de rendre hommage à mon maître qui m’a transmis cette approche tellement précieuse et qui est un pionnier dans l’application des principes de l’Āyurveda à l’herboristerie française.

Cette approche dépasse l’Āyurveda classique transmis dans les universités indiennes et s’ancre dans la tradition du Lāḍa Vidyā qui porte et transmet une approche tantrique, vivante et directe de l’Āyurveda.

Comment approcher les plantes selon l’Āyurveda ?

Nous ne pouvons pas observer une plante uniquement avec les catégories de pensée de la science moderne. C’est ici que l’on comprend le fossé entre la naturopathie moderne, la phytothérapie et l’Āyurveda.

Cette science dispose de son propre référentiel qui ne peut (uniquement) se juxtaposer au référentiel actuel.

Utiliser une plante selon l’Āyurveda ce n’est pas l’utiliser car elle contient des flavonoïdes, des coumarines ou bien parce qu’elle est “bonne pour le foie”.

Utiliser une plante en Āyurveda, c’est mettre en relation la résonance entre la plante et nous même. C’est comprendre la famille ou lignée de cette plante (kula en sanskrit), l’expression de sa fleur, le sol et le biotope sur lequel elle pousse…

Actions d’une plante :

Son action naît de son totum, c'est-à-dire de l'ensemble de ce qu'elle est (pas seulement d’un point de vue physique d’ailleurs), et pas seulement des molécules qu'elle contient. (Un saule blanc ou une reine des prés ne peut être résumé à une aspirine !)

Une plante est bien davantage qu'une liste de principes actifs.

C'est avant tout une entité vivante, unique.

Chaque plante développe sa propre manière de vivre, de s'adapter, de se reproduire et d'interagir avec son environnement.

De façon poétique, on pourrait dire que chaque plante danse sa propre danse.

Elle possède une identité qui lui est propre, des formes, des textures et des couleurs uniques.

La complexité avec laquelle elle s'adapte, communique et agit dépasse encore largement notre compréhension.

Une plante ne s'apprend pas seulement dans les livres.

Elle se découvre avec humilité.

Au fond, c'est surtout elle qui nous enseigne, bien plus que nous ne l'apprenons.

Prêt à vous laisser enseigner par les plantes ?

Mon prochain article sera sur l’Achille millefeuille et arrive prochainement !

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